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Aveux de corruption de Bolloré au Togo : pourquoi Faure Gnassingbé n’a pas à s’inquiéter

L’homme d’affaires français Vincent Bolloré a reconnu vendredi 26 février 2021 avoir commis des faits de corruption au Togo.  Si en France la nouvelle choque, au Togo l’affaire ne semble intéresser personne. Au pouvoir depuis 2005, le président togolais Faure Gnassingbé et ses lieutenants ne montrent aucun signe de panique. Et pour cause, au Togo, les mécanismes de contrepouvoir sont rarement opérationnels.

C’est désormais officiel. Le Groupe Bollore a frauduleusement gagné plusieurs marchés au Togo notamment au port de Lomé. Devant le Tribunal de Paris Vincent Bolloré et ses collaborateurs ont reconnu le chapelet des faits qui leur étaient reprochés et étaient prêts pour un accord avec la justice afin d’échapper à un procès. Contre toute attente, la présidente du tribunal Isabelle Prévost-Deprez a botté en touche l’amende de 375 000 requise par le parquet et acceptée par les accusés. Elle estime que l’affaire a « gravement porté atteinte à l’ordre public économique » et « porté atteinte à la souveraineté du Togo ». Et pourtant au Togo l’affaire ne fait pas grand bruit. 12 heures après les premières publications sur l’aveu de Bolloré, la presse togolaise reste muette.

Le blackout d’une presse autocensurée

Au Togo en dehors de quelques quotidiens régulièrement traqués par la Haute autorité de l’audiovisuel et de la Communication (Haac), la presse togolaise dans son ensemble évite d’aborder les sujets sensibles qui ternissent l’image du régime. Et pour cause, les quelques rares médias qui se sont frottés aux lieutenants de Faure Gnassingbé, l’ont regretté. Début janvier 2021, la Haac a saisi la justice et obtenu la fermeture du Journal L’Indépendant Express accusé de diffamation. « Nous nous attendons à toute sanction sauf celle du retrait du récépissé. Nous ne comprenons pas pourquoi la HAAC est allée à l’extrême », avait déclaré le Patronat de la Presse Togolaise (PPT), une organisation patronale de la presse au Togo.

En février de la même année, le journal L’Alternative a également subi les foudres de la Haute autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (Haac). « La Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC), a suspendu pour une durée de 4 mois, le bi-hebdomadaire L’Alternative, l’accusant d’avoir diffusé de fausses informations sur le ministre de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Réforme foncière, Me Kofi Tsolenyanu et le traitant de « faussaire au gouvernement », écrit l’ONG Media Foundation for West Africa (MFWA) sur son site internet.

Face aux menaces de sanctions qui planent sur eux, les journaux togolais préfèrent s’autocensurer. Ils évitent d’évoquer les sujets qui fâchent. Conséquence, aucun site d’informations togolaises n’a relayé l’information relative aux actes de corruption de Vincent Bolloré au Togo.

Parlement acquis au régime

Les Togolais ne sauront pas plus sur l’affaire Bolloré. Contrairement à la coutume dans les grandes démocraties qui veut que le gouvernement soit entendu sur les questions en lien avec la vie du pays par les parlementaires, les sujets sensibles qui impliquent les dirigeants togolais sont rarement débattus à l’hémicycle au Togo. Le boycott des élections législatives de 2019 par une partie de l’opposition a permis au régime de Faure Gnassingbé d’asseoir une majorité obèse au parlement. Le député Gerry Taama du parti politique le NET est l’un des rare parlementaires qui pose généralement des questions écrites ou orales aux ministres sur les sujets d’actualité. L’homme politique très présent sur les réseaux sociaux n’a cependant pas encore évoqué cette affaire pourtant sensible.

Banalisation des crimes

Le Togo s’est doté en 2015 la Haute Autorité de prévention et de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (HAPLUCIA), une institution administrative indépendante dont la mission est entre autres « la répression à travers la collecte et le traitement des plaintes et dénonciations des faits de corruption ».  Limitée dans ses attributions, cette institution n’a pas la capacité de s’autosaisir des faits de corruption et consacre l’essentiel de ses activités à des opérations de sensibilisation.

L’affaire Bolloré qui selon la justice française a « porté atteinte à la souveraineté du Togo », est portant en train d’être reléguée aux faits divers. Des faits similaires dans d’autres pays ont poussé les dirigeants à la démission. C’est le cas de Jacob Zuma (Afrique du Sud) en 2018 et de Pablo Kuczynski (Perou).   En Israël, le premier ministre Benjamin Netanyahu, accusé de corruption répond des faits qui lui sont reprochés devant la justice. Bien que Vincent Bolloré (le corrupteur) ait reconnu les faits qui lui sont reprochés, les Togolais n’espèrent pas voir Faure Gnassingbe (le corrompu) dans le box des accusés.

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